Publié le 5 juillet 2018 | LEAP

Quel sens aurait la vie sans une fin ?
Comment imaginer qu’un jour l’envers de la vie se volatilisera comme de la fumée en fuite ?
Quel aurait donc le sens du dixit d’Edwige Danticat, nous disant que « la mort n’est qu’un voyage qu’on commence dès notre naissance » ?

Telles sont les questions pertinentes que plus d’un se posent à longueur de journée.

Carl Withsler B. dit Benoit d’Afrique, à travers ce recueil de poèmes, écrit à larme en lieu et place d’encre, ne compte en aucun cas faire un quelconque panorama au sujet de la mort, il n’a pas non plus tendance à la nier pour la simple raison que cette dernière ne s’avère pas une mode, un malaise passager, encore moins une intempérie de la vie, mais qu’elle fait partie de l’être humain. Ceci dit, là où il y l’âme il est impératif que la mort y soit également . Et tout comme la parole est le propre de l’homme au sens où les bêtes n’ont pas cette faculté, la mort l’est aussi. Elle habite notre partie la plus intime, notre cœur.
Triste que cela puisse être, elle nous baisera tous un jour. Il faut juste que l’on garde les jambes bien ouvertes !!!

« L’enfant n’est pas mort » de Carl nous livre méticuleusement la clef de son univers poétique dont la thématique vacille entre une puissance de charge lyrisme tantôt tragique, tantôt intimiste, nourri de spleen et de solitude. Chaque mot du texte charrie une tristesse rongeante et aigue, trouant le cœur et l’âme. De ses tendres mots, il a su fouailler les recoins ombreux de la vie pour l’accouchement de ce texte inouï. Un texte pas comme les autres !

<<Quand l’instant surviendra
D’aller trouver les défunts
J’aurai vécu sans soins
Et trépasserai sans réticence>>

Même étant sous le poids de la tristesse, l’auteur a su nous présenter l’amour à travers son chef-d’œuvre de texte. Quel mélange ! Sur la mélancolie, il a privilégié le rire, faisant la part belle à ce dernier. Sa poésie devient alors un acte créateur, se nourrissant de sa vision du monde, et qu’il écrit de la littérature dans son état embryonnaire.

[…] il a fallu que je prenne l’exil
Pour que finalement je puisse gouter
Aux délices de l’amour […]

Un recueil de poèmes de haute facture littéraire où la créativité et l’originalité s’interpénètrent au point de se confondre. L’œuvre est littéralement vécue dans l’action et l’expérience, qui à leur tour déshabillent la mort. Le texte relate une profonde réflexion de l’auteur sur l’état de sa personne après le départ éternel de sa douce maman, le sens de la vie, et surtout sa place étant qu’amant de vers. Le texte témoigne les préoccupations criantes de l’auteur, lequel s’agrippe à sa bravoure pour tenir la tête toujours haute.

[…] sur un bout de papier plissé
J’accouche mes maux et mes vécus
Avec la plume de la maturité
Je me présente en mots […]
Un texte où le courage se dispute à la faiblesse. Et qui regorge d’information sur la mort. Le style de l’auteur, sa pensée originale, et surtout son engagement poétique en dit long sur sa vie. Et lui font laisser fortement sa trace dans le monde littéraire. Une personnalité hors commune, complexe parfois, mais essentiellement profond, il allie l’idéalisme de la douleur à l’esthétisme, ses peines, mêlant l’expérience vécue et celle imaginée. Cherchant à examiner ces petites dissidences faisant de chacun de nous une proie face à la mort. Il lui est apparu intéressant de scruter cette mode de vie banalisée, invivable, plus mystérieuse parce que moins exposée. Enfin Carl nous montre que la perte d’un être cher peut facilement nous souiller la conscience, et que face à de telle situation, il nous faudra faire appel à nous-mêmes, car face à la mort nous sommes tous des potentiels complices.

Marvens JEANTY
Poète, Nouvelliste et Linguiste en herbe
jeantymarvel@yahoo.com